Donner une partie de son patrimoine après 80 ans, depuis une maison de retraite, reste juridiquement possible. La question n’est pas tant celle du droit que celle du risque réel : risque fiscal, risque de contestation par les héritiers, risque de se retrouver sans ressources suffisantes pour financer son hébergement. Cet article mesure ces différents niveaux de risque pour un résident en établissement.
Fiscalité du don après 80 ans : ce que le donateur perd concrètement
Passé 80 ans, le cadre fiscal de la donation se resserre sur un point précis. L’abattement classique de 100 000 euros par enfant reste utilisable, renouvelable tous les quinze ans, quel que soit l’âge du donateur. Ce mécanisme ne disparaît pas.
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Ce qui disparaît, c’est l’exonération spécifique prévue par la loi TEPA sur les dons familiaux de sommes d’argent. Cet abattement supplémentaire, réservé aux dons en numéraire au profit de descendants majeurs, exige que le donateur ait moins de 80 ans au jour du don. Après cet anniversaire, l’abattement TEPA est définitivement perdu.
| Type d’avantage fiscal | Avant 80 ans | Après 80 ans |
|---|---|---|
| Abattement classique (par enfant) | Disponible (renouvelable tous les 15 ans) | Disponible (renouvelable tous les 15 ans) |
| Don familial TEPA (sommes d’argent) | Disponible | Perdu |
| Donation en nue-propriété | Valorisation réduite (usufruit élevé) | Valorisation plus élevée (usufruit faible) |
| Présents d’usage | Possible | Possible |
La donation en nue-propriété illustre un autre effet de l’âge. Le barème fiscal valorise l’usufruit en fonction de la tranche d’âge du donateur. Plus le donateur est âgé, plus la valeur de l’usufruit est faible, et donc plus la nue-propriété transmise est valorisée fiscalement. La facture pour le donataire augmente mécaniquement.
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Contestation d’un don en maison de retraite : le vrai risque juridique
Le risque le plus sous-estimé n’est pas fiscal. Plusieurs décisions de cours d’appel depuis 2022 montrent que les donations réalisées par des personnes très âgées en EHPAD sont de plus en plus annulées sous l’angle de l’insanité d’esprit ou de l’abus de faiblesse.
Le point notable : ces annulations interviennent même en l’absence de tutelle ou de curatelle. La vulnérabilité liée à la dépendance et à l’isolement en établissement médico-social suffit à fonder un recours. Cette tendance, relevée par les analyses jurisprudentielles récentes du Code de l’action sociale et des familles, change la donne pour tout résident envisageant un don significatif.
Conditions qui augmentent le risque d’annulation
- Le donateur présente des troubles cognitifs documentés dans son dossier médical, même légers, au moment de la donation
- Le bénéficiaire du don est un proche aidant ou un visiteur régulier qui pourrait être soupçonné d’exercer une influence sur le résident
- La donation porte sur une part importante du patrimoine et déséquilibre la répartition entre héritiers, ce qui motive un recours des autres ayants droit
Un acte notarié ne protège pas totalement contre ce risque. Le notaire vérifie la capacité apparente du donateur, mais un juge peut considérer que cette capacité était altérée au vu des éléments médicaux postérieurs.
Don et aides sociales en EHPAD : les interactions à connaître
Un résident en maison de retraite qui bénéficie de l’APA (allocation personnalisée d’autonomie) peut donner sans que cette aide soit remise en cause. L’APA n’est pas récupérable sur la succession ni sur les donations antérieures.
En revanche, la situation diffère pour l’aide sociale à l’hébergement (ASH). Cette prestation, versée par le Département pour couvrir l’écart entre les ressources du résident et le coût de la maison de retraite, est récupérable sur la succession. Un don réalisé après 80 ans réduit le patrimoine disponible pour une éventuelle récupération d’ASH, ce qui peut amener le Département à examiner la donation de plus près.
La loi « Bien vieillir » du 8 avril 2024 a modifié cet équilibre. Les petits-enfants sont désormais exclus du champ de l’obligation alimentaire dans le cadre de l’ASH. Les seuls enfants restent sollicitables. Ce resserrement peut rendre les donations faites par un résident très âgé plus sensibles aux yeux des héritiers directs, qui supportent seuls la charge financière.
ASPA et récupération sur succession
Le minimum vieillesse (ASPA) reste lui aussi récupérable au décès sur la succession. Un don qui appauvrit le patrimoine d’un bénéficiaire de l’ASPA ne supprime pas le droit à récupération : le Département peut remonter les opérations patrimoniales réalisées dans les années précédant le décès.
Présent d’usage après 80 ans : la seule marge de manoeuvre simple
Le présent d’usage échappe à toute fiscalité et à toute déclaration. Il s’agit d’un cadeau offert à l’occasion d’un événement familial (anniversaire, mariage, naissance) dont le montant reste proportionné au patrimoine et aux revenus du donateur.
Pour un résident en maison de retraite, cette proportionnalité est le critère déterminant. Un cadeau de quelques centaines d’euros à un petit-enfant pour Noël passe sans difficulté. Un virement de plusieurs milliers d’euros qualifié de « présent d’usage » sera requalifié en donation si le patrimoine du résident est modeste au regard de la somme.
- Vérifier que le montant ne dépasse pas quelques pourcents des revenus annuels du donateur
- Associer le cadeau à un événement familial identifiable (date, occasion)
- Conserver une trace écrite de l’intention : un mot accompagnant le virement suffit
Cette voie reste la seule qui ne déclenche ni formalisme notarié, ni risque fiscal, ni contestation héréditaire probable, à condition de respecter la règle de proportionnalité.

Faire un don après 80 ans en maison de retraite n’est pas interdit, mais le cumul des contraintes fiscales, du risque d’annulation pour insanité d’esprit et des interactions avec les aides sociales réduit fortement la marge de manoeuvre. Le présent d’usage proportionné reste le geste le moins exposé. Pour toute somme significative, un passage devant notaire avec un certificat médical de capacité récent limite le risque de contestation, sans l’éliminer totalement.

